20
Entre mage et sorcière

Foch se matérialisa à l’entrée de la demeure de Wandéline, défiant, sans même s’en rendre compte, toutes les protections magiques que la sorcière avait mises en place avec talent. L’hybride avait tellement développé ses dons et sa magie au cours de ses années d’exil volontaire qu’il n’était pas toujours conscient de s’en servir aussi efficacement. Un peu comme si ses pouvoirs avaient une volonté propre…

— J’aurais dû me douter qu’il n’y avait que toi pour réussir un exploit de ce genre…

Bras tendus, Wandéline accueillit son vieil ami avec autant, sinon davantage, de bonheur qu’Alix. Il lui avait beaucoup manqué pendant les dernières années, surtout pour ses conversations et sa façon de percevoir ce monde étrange et souvent imprévisible. En quelques mots, Wandéline lui expliqua qu’elle s’apprêtait justement à le rejoindre, quelques heures plus tôt, mais que le lieu où il se trouvait ne lui avait pas permis de le faire.

— Tu serais venue malgré la présence du jeune Alix ?

Un instant, elle se rembrunit, se reprenant aussitôt.

— Pour être honnête, oui. Non seulement parce qu’il est temps que cette vieille histoire se termine, mais aussi parce que je crois que ce jeune homme incarne probablement la meilleure chance que nous ayons jamais eue de réussir à mettre un terme à plus de sept siècles de guerres et de luttes de pouvoir. Il se trouve que…

Le vieil homme ne la laissa pas terminer.

— Je suis content de constater que tu suis enfin la voie de la raison et non celle de la vengeance, apprécia Foch avec un sourire indulgent.

— Et toi ? Que me vaut l’honneur de te voir reparaître après tant d’années d’absence au cours desquelles tous ont cru à ta mort ?

Wandéline tenait à changer de sujet, celui de sa vengeance étant trop explosif à son goût.

— Tous sauf toi, à ce que je vois, puisque tu m’as fait rechercher. Ton ravel est toujours aussi efficace…

— Oui, surtout pour les vieux fous dans ton genre. Mais tu ne réponds pas à ma question…

Le sourire du sage s’estompa quelque peu.

— Je suis venu dans l’espoir de ressasser de lointains souvenirs en ta compagnie, même si je doute que tu en aies envie…

Wandéline pencha la tête de côté et observa son vieil ami, les sourcils froncés. Elle soupira.

— Pourquoi ai-je la nette impression que les souvenirs que tu désires faire remonter à la surface de ma mémoire sont justement ceux que je cherche désespérément à oublier parce qu’ils me font inévitablement souffrir ?

Foch eut un geste d’impuissance.

— Probablement parce que c’est effectivement le cas. Je crois que cet exercice est essentiel pour le bien de notre monde…

La sorcière ferma les yeux un instant et prit une grande inspiration, puis elle les rouvrit en expirant.

— Je t’écoute… Mais je ne te promets rien.

L’érudit lui expliqua alors ce qu’il croyait avoir découvert à propos d’Alix et de son passé – à savoir qu’il était un enfant de Bronan, né chez les édnés.

— Tu es la seule que je connaisse qui ait réussi à se rendre sur la terre de Bronan et à y avoir côtoyé les édnés. Personne d’autre, pour ce que j’en sais, n’a réalisé une telle chose depuis quelques centaines d’années.

— Ce qui ne veut pas dire que ce soit toujours possible, j’espère que tu en es conscient.

Le vieil homme eut un sourire amusé.

— Je n’ai jamais dit que je souhaitais me rendre sur place ni y envoyer qui que ce soit.

— Ce qui ne signifie pas que tu n’y aies pas pensé, répondit Wandéline, avec un air entendu. Je t’ai fréquenté suffisamment longtemps pour connaître ta façon de fonctionner. Je sais très bien que tu voudras te rendre là-bas pour vérifier le bien-fondé de ton hypothèse – elle appuya sur le mot « hypothèse » – de même que pour recueillir de nouvelles informations qui te permettront de comprendre et, surtout, d’influencer la suite des événements.

Foch ne perdit pas son sourire.

— Tu es toujours aussi perspicace. C’est vrai que cette histoire me taraude. Je me demande pourquoi cet enfant et son frère jumeau ont abouti sur la Terre des Anciens alors que leur avenir semblait déjà tout tracé dans leur propre monde. Tu connais la légende des édnés aussi bien que moi. Cela n’a tout simplement pas de sens. Ils ne peuvent pas avoir abandonné les recherches pour retrouver un être de cette valeur alors qu’ils attendent sa venue depuis des siècles. Je ne peux pas croire que…

Wandéline coupa son élan.

— Que veux-tu dire par « Tu connais la légende des édnés » ? Je n’ai jamais entendu parler de la moindre légende.

Foch ouvrit de grands yeux surpris et dévisagea un moment sa vieille amie, bouche bée. Cette dernière, les sourcils froncés et les mains sur les hanches, attendait vraisemblablement qu’il s’explique. Il lui demanda plutôt :

— Es-tu en train de me dire que tu as fréquenté ce peuple pendant près de dix ans et que jamais personne ne t’a parlé de la raison pour laquelle les membres de cette communauté se sont isolés du reste du monde ?

— « Fréquenté » est un bien grand mot dans le cas des édnés. Je t’ai déjà précisé qu’ils ne m’avaient pas réellement acceptée. Ils toléraient ma présence, tout au plus…

Il y eut un moment de silence, que Foch ne troubla pas.

— … jusqu’au jour où ils se sont rendu compte que je cherchais, depuis un certain temps déjà, la raison pour laquelle ce peuple si fier s’était justement isolé. C’est ma quête qui a coûté la vie à Garil… Mais tu comprendras aisément que je n’ai pas beaucoup envie d’en parler…

Wandéline soupira, avant de reprendre la parole.

— Je croyais que tu m’annonçais seulement qu’Alexis était né chez les édnés, rien de plus. Je ne voyais d’ailleurs pas pourquoi c’était si extraordinaire ni pourquoi tu pourrais avoir envie de te rendre sur place, même si c’était le désir que je percevais chez toi. Il arrive que des femmes des peuplades humaines environnantes s’y réfugient pour donner la vie à des enfants illégitimes ou pour un cas de naissance difficile. Malgré leur terrorisante réputation, les édnés ont de grands pouvoirs de guérison et un don certain pour les naissances problématiques. Souvent, les enfants qui voient le jour sur leur territoire leur sont ensuite confiés pendant quelque temps, avant de retrouver une famille humaine. J’ai plus d’une fois été témoin de situations de ce genre au fil des ans.

Wandéline fixait un point vague au-dessus de l’épaule de Foch, la tête envahie de souvenirs qu’elle n’avait pas envie de partager, pas encore. L’hybride le comprit et revint à la légende.

— Si les édnés acceptent aussi facilement de recueillir les enfants illégitimes et d’aider les naissances difficiles, c’est fort probablement parce que cet état de choses leur permet, en cas de besoin, de camoufler un de leur plus grand secret. Il arrive parfois, bien que ce soit extrêmement rare, qu’un couple d’édnés donne vie à un enfant d’apparence humaine, qu’ils appellent un « enfant mystique ».

Wandéline l’interrompit alors que le ciel obscurci menaçait de laisser s’échapper une importante quantité d’eau.

— Je crois que nous devrions continuer cette conversation à l’intérieur.

 

* *

*

 

Devant l’âtre, Wandéline s’étonna de la dernière déclaration de Foch.

— Tu veux dire que deux édnés, ces descendants directs des dragons, peuvent engendrer un humain ?

— Oui, mais personne n’a jamais découvert pourquoi il en était ainsi. Cette situation particulière et inusitée ne dérangeait pas outre mesure les édnés, qui confiaient alors les enfants à des familles humaines pour leur assurer un meilleur avenir. Il en alla ainsi pendant de nombreux siècles, même après la séparation des mondes.

— Quel rapport avec Alexis ? demanda Wandéline, qui s’impatientait de connaître enfin le fond de l’histoire !

— J’y arrive… Il n’y eut aucun problème jusqu’au jour où Ulphydius fit son apparition. Tu sais sans doute que son emblème a toujours été un édné et qu’il parvenait, à la grande surprise de tous, à chevaucher les dragons alors que ce sont des bêtes rares et farouches qui ne se laissent jamais domestiquer.

Wandéline acquiesça en plissant les yeux. Elle commençait à comprendre où Foch voulait en venir.

— Le sorcier, qui a causé tant de torts à la Terre des Anciens par ses pouvoirs et sa soif de domination, était un enfant mystique. Et il le savait. Ce qui le différenciait de tous ceux qui l’avaient précédé, c’est qu’il était né pendant la nuit, alors que…

— … les édnés, bien qu’ils soient un peuple nocturne, n’enfantent que le jour, compléta Wandéline. Il est écrit que les enfants nés dans la nuit sont des enfants des ténèbres, des êtres maléfiques aux pouvoirs difficiles à juguler et qui ne peuvent que créer des ennuis. Ils sont toujours mis à mort dès le lever du jour. Je le sais pour en avoir été témoin à deux reprises pendant mes courts séjours là-bas. Dans ce cas, comment se fait-il qu’Ulphydius ait survécu ?

Foch haussa les épaules.

— Probablement parce qu’il avait hérité de toutes les caractéristiques humaines et que les édnés ont pensé que les croyances de leur peuple ne s’appliquaient pas à lui. Il fut placé, comme les autres, dans une famille humaine. Ce n’est que bien des années plus tard que les édnés ont appris que le sorcier qui semait la terreur et la désolation sur son passage était un des leurs. Malheureusement, ils ne pouvaient rien faire. Ils n’avaient pas les pouvoirs nécessaires pour mettre un terme au carnage, pas plus que les autres espèces… Ils ont donc choisi de se retirer complètement de la civilisation et de faire en sorte d’être craints pour que personne, jamais, ne découvre leur terrible secret : ils avaient sciemment épargné un enfant des ténèbres qui était devenu une plaie pour l’univers créé par Darius. Tous ont cru que ces descendants des dragons s’étaient avant tout isolés parce qu’Ulphydius avait choisi un édné comme symbole et qu’ils ne voulaient surtout pas être associés à un sorcier aussi maléfique. Mais le grand Sage Darius a fini par apprendre la vérité. Il leur aurait alors dit que la paix reviendrait sur son monde le jour où un autre enfant mystique naîtrait durant la nuit, un enfant marqué de l’emblème de ce peuple fier. Il incomberait alors à cet enfant de réparer les torts d’Ulphydius…

Wandéline émit un ricanement amer.

— Et cet enfant, c’est Alexis je suppose ?

Sans attendre la réponse de l’hybride, elle poursuivit :

— Belle perspective d’avenir ! Et moi qui ai présomptueusement cru que j’étais ce qui pouvait arriver de pire à Alexis…

Un nouveau silence plana pendant quelques instants avant que la sorcière, qui cherchait à se faire l’avocat du diable, ne reprenne.

— Mais pourquoi es-tu convaincu qu’Alexis est cet enfant tant attendu ? Ça pourrait aussi bien être son frère, non ?

— C’est vrai. Mais je suis un homme d’intuition et je sais que j’ai raison. Je trouverai bien le moyen de te convaincre.

— Rassure-toi, c’est pratiquement le cas. Pas pour les mêmes raisons que toi, cependant… Comment as-tu appris l’existence de cette légende ?

Pour la première fois, le vieil homme se rembrunit.

— C’est une information que je ne suis pas autorisé à divulguer, je suis désolé. Mais je peux t’assurer qu’elle est véridique.

— Quand je pense que j’ai passé près de dix ans de ma vie à faire des recherches sans trouver de réponse…

— La vie est parfois bien mal faite, philosopha Foch. Mais cela ne me dit pas pourquoi tu es convaincue pour des raisons différentes des miennes.

Mystérieuse, Wandéline s’éloigna du foyer pour se rendre près de sa table de travail.

— J’ai ici quelque chose qui pourrait l’intéresser…

Elle n’eut pas le temps de montrer le grimoire d’Ulphydius à Foch. Mévor entrait, porteur d’une nouvelle fort étrange, alors que la pluie tombait à verse.

Le dense rideau de pluie semblait s’être écarté pour laisser passer l’animal qui s’ébroua sans gêne, envoyant voltiger des gouttelettes d’eau tout autour de lui. Il se mit ensuite à croasser avec ardeur. Wandéline fronça bientôt les sourcils, avant d’ouvrir de grands yeux étonnés. Devant la réaction de sa vieille amie, Foch n’avait qu’une hâte : que la sorcière lui traduise la teneur de ce petit discours ornithologique. Il dut attendre que Wandéline réponde à son ravel. Elle ne se contenta pas, cependant, d’une simple réplique, puisqu’elle se dirigea vers les larges tablettes qui occupaient tout un mur de son refuge. Elle farfouilla durant quelques minutes, déplaçant des flacons et des contenants, avant de revenir en serrant dans sa main droite une petite fiole au contenu d’un bleu profond. À l’intérieur de celle-ci, de rares courants argentés tournoyaient à la surface, reproduisant des formes animales diverses qui s’évanouissaient presque aussitôt conçues pour en créer de nouvelles.

Foch tiqua. À sa connaissance, une seule concoction pouvait, une fois achevée, comporter de telles caractéristiques et bien peu de gens possédaient les connaissances nécessaires à sa réalisation. Qu’est-ce que Wandéline pouvait bien vouloir fabriquer avec une potion comme celle-là ? La réponse ne tarda pas, tandis qu’elle glissait la fiole dans une pochette de cuir qu’elle attacha à la patte de Mévor. Quelques secondes plus tard, l’oiseau d’un autre temps prenait son envol après un dernier croassement. Wandéline le regarda filer en secouant la tête de droite à gauche, comme si elle ne pouvait toujours pas croire ce qu’elle venait d’entendre.

— Pourvu qu’il réussisse…

Puis, elle se tourna vers l’hybride, qui attendait toujours une explication.

— Mévor a retrouvé l’endroit où Phénor et Oglore gardent l’Insoumise Lunaire prisonnière.

Devant l’air franchement surpris de Foch, Wandéline comprit qu’il n’était pas au courant de la condamnation de cette femme ; il devait probablement présumer, comme tous les autres, qu’elle était morte depuis un certain temps déjà. En quelques mots, elle informa son ami de sa récente découverte, effectuée lors d’une visite sur le territoire des Insoumises, et de ce qu’elle représentait pour la Terre des Anciens. Elle lui expliqua aussi qu’elle avait réussi, grâce à un puissant sortilège, à obtenir une image en temps réel de cette femme si particulière et qu’elle avait ensuite demandé à Mévor de la retrouver. Une fois de plus, l’oiseau s’était acquitté de sa mission avec succès, mais dans un laps de temps extrêmement court, ce qui signifiait que le lieu de détention ne devait pas être sur le continent, mais sur la péninsule.

— Et tu espères que la potion que tu lui envoies lui permettra de s’échapper en suivant la voie empruntée par ton fidèle oiseau, termina Foch à sa place.

— Je n’ai pas d’autre choix. Elle est trop faible pour utiliser sa magie, pourtant extrêmement puissante. De toute façon, tu sais aussi bien que moi qu’elle ne peut se servir de ses pouvoirs tant et aussi longtemps qu’elle se trouve dans les entrailles de la terre. Maudits soient ces gnomes et leur vieille magie…

— Si tu réussis, Phénor et Oglore se douteront que tu es à l’origine de cette impensable évasion. Tu risques de perdre leur confiance à tout jamais, toi qui comptais parmi leurs amis proches il n’y a pas si longtemps.

— Ne t’en fais pas pour ça, mon cher Foch. Il y a un certain temps déjà que les gnomes ne me traitent plus en amie. Ils n’éprouvent plus que de la crainte à ma vue, et c’est simplement parce que ma magie dépasse encore de beaucoup celle d’Oglore. Heureusement, le jour où ses pouvoirs atteindront les miens est encore bien loin.

Avec un soupir, Wandéline quitta la vision déprimante qu’offrait la pluie qui continuait de tomber dru et revint vers sa table de travail.

— Il est temps de reprendre notre discussion interrompue par Mévor.

Tout en parlant, la sorcière agita les doigts de sa main droite, geste grâce auquel se matérialisa le lourd grimoire qu’elle consultait juste avant l’arrivée de l’érudit. Aussitôt, celui-ci se précipita sur l’ouvrage. Il le tint durant plusieurs minutes entre ses mains, frappé d’étonnement, caressant la couverture d’une main respectueuse.

— Comment as-tu fait pour t’approprier un manuscrit de cette valeur ? Sais-tu que tu détiens l’un des trésors les plus recherchés de cette terre ? Inutile de préciser que j’en connais certains qui seraient prêts à tuer pour lire ce que renferment ces pages jaunies…

— Si tu te taisais un peu, je pourrais peut-être dire quelque chose à mon tour…

Foch fit mine de sceller ses lèvres et s’inclina. Wandéline reprit la parole.

— Je l’ai reçu hier, dans la soirée, mais je ne l’ai ouvert que ce matin. Trop de souvenirs douloureux me sont revenus à la vue de la page couverture pour que j’aie le courage de le consulter immédiatement. Peu de choses peuvent me remuer autant que la vision d’un édné…

Tout dans le visage de la sorcière traduisait son malaise. Néanmoins, elle poursuivit.

— Te rends-tu compte que, bien que je sois la sorcière la plus crainte de cette terre de misère, je suis incapable de refouler mes sentiments quand on parle d’un peuple que personne ne connaît plus que par le biais de gravures et de livres à demi rongés par le temps ?

Ce qui prouve qu’il reste encore quelque chose des elfes en toi, quoi qu’en disent ceux qui justement te craignent…, répliqua Foch d’une voix douce où perçait la compréhension.

Wandéline préféra ne pas commenter et revint à l’épaisse reliure de cuir.

— Ouvre-le. Tu comprendras pourquoi je soupçonnais déjà l’importance d’Alexis dans l’avenir de la Terre des Anciens.

Le cyclope s’exécuta, mais le livre refusa de s’ouvrir. En dépit de ses efforts, il resta obstinément fermé. Le mage leva des yeux interrogateurs vers Wandéline, mais cette dernière ne le regardait pas. Elle fixait le grimoire, sourcils froncés.

— Je ne comprends pas, murmura-t-elle. Il s’est ouvert de lui-même ce matin, en laissant échapper une longue plainte déchirante. Pourquoi ne recommence-t-il pas ?

Machinalement, elle tendit les mains vers le volume, qui vint aussitôt s’y déposer. À peine avait-elle effleuré la couverture qu’il s’ouvrit en émettant à nouveau un cri lugubre. Cette fois-ci, ses pages restaient immobiles. Seule la couverture s’était rabattue, laissant voir la page de garde, noircie d’une courte inscription dans la langue des édnés. Un doigt sur les lèvres, Wandéline invita Foch à s’approcher, lui faisant comprendre qu’il ne devait surtout pas toucher le volume. Elle croyait savoir pourquoi celui-ci était resté clos au contact du vieil homme, mais elle ne voulait pas lui en faire part tout de suite. Elle désirait d’abord consulter le grimoire.

 

À toi qui as su apprendre à connaître et à maîtriser les forces des ténèbres et de la nuit, puisses-tu trouver dans ce grimoire les enseignements nécessaires pour parfaire tes connaissances et réaliser ce que je n’ai malheureusement pas réussi de mon vivant. Sache que la force qui m’habitait autrefois n’attend que mon successeur pour se déployer à nouveau et atteindre des sommets inégalés. Voyons si tu seras non seulement capable, mais aussi digne, de retrouver la source de ma puissance…

 

Ulphydius

 

Sitôt la lecture de ces lignes terminée, les pages tournèrent d’elles-mêmes pour faire place à une longue série d’incantations diverses dans des langues rarement utilisées, des listes interminables d’ingrédients aussi inusités qu’introuvables pour la plupart, ainsi que des formules mystiques aux résultats surprenants, mais aussi terrifiants, même pour une femme de la trempe de Wandéline.

La sorcière laissa la moitié du livre se dévoiler ainsi, lisant en diagonale, simplement pour avoir un aperçu de ce qu’il contenait. Elle savait qu’elle aurait besoin d’énormément de temps pour interpréter et comprendre la mine de renseignements qui se trouvaient entre ses mains. La gravure illustrant le célèbre sorcier apparut bientôt, couvrant la totalité des pages centrales. L’homme, visiblement dans la vingtaine, était représenté chevauchant un dragon et entouré de mancius, qui avaient autrefois été ses plus grands alliés et ses plus fervents admirateurs. Wandéline n’eut pas besoin d’expliquer quoi que ce soit à Foch ; sa réaction fut toute aussi vive que la sienne.

— Douce Alana… Ce n’est pas possible…

— Voilà pourquoi je ne suis pas surprise qu’Alexis soit un enfant des ténèbres. À regarder cette gravure, on n’a guère l’impression de remonter le temps, mais plutôt d’assister à une scène contemporaine…

Fixant toujours l’illustration, qui aurait aussi bien pu représenter le jeune guerrier né sur Bronan que le sorcier présumé mort plus de sept siècles auparavant, l’hybride désigna à sa vieille amie un gribouillis dans le bas de la page de droite. Elle se pencha pour mieux distinguer ce qui était écrit, mais elle eut beau plisser les yeux, elle ne parvenait pas à déchiffrer la langue utilisée.

— Je me demande…

À peine le sage eut-il effleuré la page que le manuscrit se referma dans un bruit mat qui les fit sursauter. La sorcière le déposa sur la table.

— Ce grimoire ne tolère que les mages noirs, pas les blancs… Ce qui donne une idée assez juste du niveau de puissance qu’il renferme.

— Ce ne sera pas facile de lui faire cracher ses secrets. Ce sorcier a dû user de tous ses pouvoirs pour éviter que ses découvertes et sa puissance ne tombent entre les mains de gens trop gentils à son goût.

Wandéline éclata de rire.

— C’est une belle façon de traduire la réalité.

Elle reprit le grimoire, qui s’ouvrit simplement à son contact, à la plus grande fascination de Foch.

— Avant de nous mettre à l’étude de cet ouvrage monstrueux, j’aimerais bien savoir ce qui est écrit dans le bas de la page centrale. Je ne saurais dire pourquoi, mais je pense que cette inscription revêt une importance cruciale dans la compréhension du reste. Nous y trouverons probablement les indices nous permettant de comprendre ce que signifie « retrouver la source de ma puissance ».

— Se pourrait-il qu’il ait laissé un objet quelconque renfermant la totalité de son savoir et de ses pouvoirs et que ce grimoire n’en soit qu’un aperçu ? demanda Foch. Un objet autre que le trône qui attend supposément son successeur, dans les Terres Intérieures…

— Si ce que je tiens entre mes mains n’est qu’un aperçu de sa puissance, je n’ose imaginer ce que recèlerait un objet comme celui dont tu soupçonnes l’existence. Ce grimoire semble renfermer des formules et des incantations si puissantes que la maîtrise de la magie nécessaire à leur utilisation demande des dizaines d’années d’études et de pratique. Je ne suis même pas certaine d’être en mesure de me servir du dixième de ce que ce livre renferme. Pourtant, je suis loin d’être une néophyte en matière de magie noire ; tu sais aussi bien que moi que je suis plutôt douée.

— Nous devrions d’abord éplucher ce bouquin avant de chercher plus loin. Selon ce que nous y découvrirons, nous conviendrons de ce qu’il faudra faire par la suite. Peux-tu m’assurer que nul ne sait que tu es en possession de ce manuscrit ?

— Sois sans crainte. La personne qui me Ta envoyé était trop heureuse de s’en débarrasser. Elle n’a pas envie que sa trouvaille s’ébruite. Nous avons suffisamment de temps devant nous. La seule chose qui pourrait nous interrompre, c’est le retour à la surface de la Fille de Lune, mais cela ne devrait pas se produire avant quatre ou cinq jours encore. Tant qu’elle est dans les entrailles de la terre, elle ne risque rien, contrairement à l’Insoumise Lunaire.

 

La montagne aux sacrifices
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